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Maintenant, on manque de médecins dans les hôpitaux, dans les villes, dans les campagnes, et les dépenses de santé ne font qu’augmenter.

L’émission des « Grandes Gueules » sur RMC était récemment consacrée à la lutte contre les déserts médicaux. Depuis que la pénurie de médecins se fait sentir même à la campagne, le sujet fait débat chez les patients lorsqu’ils voient arriver un praticien étranger (maîtrisant parfois mal le français) pour remplacer le médecin parti à la retraite. Même si ce n’est pas la seule cause de la désaffection de nos jeunes diplômés pour l’exercice en milieu rural, le numerus clausus en médecine contribue largement à la création de véritables friches médicales...

 

Cette sélection fut instaurée en 1971 avec, bien sûr, la louable intention de régulariser le nombre de diplômés pour l’adapter aux besoins de la population, et aux places disponibles en faculté, mais surtout avec la volonté de réglementer le nombre des futurs prescripteurs afin de diminuer les dépenses de la Sécurité sociale. Dépenses qui n’ont fait qu’augmenter depuis, malgré la réduction drastique du nombre de diplômés. Penser qu’en diminuant le nombre de médecins, on diminuerait le nombre de prescriptions et, donc, les dépenses de l’assurance maladie était un peu naïf.

C’était oublier que les techniques évoluent, que les soins sont de plus en plus onéreux et que la demande est croissante. En ce qui concerne l’adaptation du nombre de médecins aux besoins des malades et la réduction des dépenses de santé, l’échec du numerus clausus est flagrant.

Maintenant, on manque de médecins dans les hôpitaux, dans les villes, dans les campagnes, et les dépenses de santé ne font qu’augmenter, alors pourquoi continuer cette sélection plus que sévère à l’entrée des études médicales ? On peut se poser la question, surtout quand on constate qu’on est obligé d’importer des médecins étrangers pour satisfaire à la demande.

Le mode de sélection des étudiants en fin de première année est basé sur le bachotage, et sur la réussite dans des matières qui ne leur serviront que peu dans leur future carrière. Il n’est plus possible d’espérer réussir sa première année de médecine si l’on n’est pas inscrit, à côté des cours à la faculté, à une école de bachotage. Ces « écuries » où l’on prépare les futurs carabins sont, bien sûr, payantes, onéreuses et ne permettent pas, sans aide financière familiale, à un étudiant même brillant de pouvoir espérer réussir le concours de fin d’année en dehors de ce cursus parallèle.

Cette année, 7.633 places seront disponibles au niveau national, soit 135 de plus qu’en 2015 , mais les étudiants qui vont entrer en deuxième année en 2017 suffiront-ils à satisfaire les besoins de la population en 2025 ? Vu l’évolution de la demande c’est peu probable. On aura donc recours de plus en plus souvent à des médecins étrangers parfois bien formés, mais parfois aussi moins bien, alors qu’on aura refusé l’entrée des études médicales à des étudiants brillants recalés pour quelques millièmes de point.

Mis à part le fait qu’il est très sélectif, ce mode de sélection est totalement inadapté, non seulement aux besoins, mais également aux impératifs de la profession médicale qui réclam, certes, des têtes bien pleines, mais aussi des têtes bien faites. Lorsqu’on choisit une carrière médicale, ce n’est pas un choix par défaut, parce qu’on a échoué dans d’autres disciplines ; cela relève d’un réel désir de devenir soignant.

Nous l’avons déjà écrit, mais il n’est peut-être pas inutile de le répéter : plutôt que ce stupide bachotage, pourquoi ne pas faire effectuer à tous les futurs carabins une première année, qui serait une sorte de condensé des stages qu’effectuent les élèves infirmiers et aides-soignants ?

Je suis persuadé que, confronté aux dures réalités de la souffrance des malades, il y aurait beaucoup de défection en cours d’année, et qu’on pourrait ainsi limiter plus intelligemment le nombre des étudiants en médecine, si le besoin s’en faisait sentir.

Source: Boulevard Voltaire