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Après la cérémonie d’investiture du 45e président des États-Unis, on comprend mieux la détestation qu’il soulève dans le microcosme politico-médiatique français.

Son discours inaugural, qui a respecté les formes traditionnelles du passage de pouvoir, avec les remerciements d’usage à l’égard du couple Obama, a sur le fond été clairement révolutionnaire.

Quel plaisir d’entendre le chef d’État de la démocratie la plus puissante au monde prononcer des paroles qui sont devenues politiquement incorrectes en France depuis les années 1980.

Car enfin, America First, cela se traduirait par « France d’abord », autrement dit par l’affirmation sans complexe de la préférence nationale. Il faut acheter américain, il faut employer des Américains. Imagine-t-on que le Président français dise cela ?

Cette réflexion de bon sens est devenue impossible chez nous à voix haute. La « préférence nationale » qui était un leitmotiv chiraquien en 1986 est devenue un péché contre la pensée unique, une marque infamante de l’extrême droite.

En la défendant, Donald Trump, en a commis un autre. Il a osé dire qu’il fallait rendre le pouvoir au peuple, à ce que Richard Nixon appelait la majorité silencieuse, et qu’il appelle les oubliés. Il est étonnant de voir ce milliardaire affirmer sans nuance cette posture décriée chez nous sous le nom de populisme. Car redonner le pouvoir au peuple, à la périphérie, à ces États parsemés d’industries rouillées qui l’ont élu, c’est aussi le reprendre à Washington, à cette capitale remplie de fonctionnaires qui votent « démocrate », c’est l’arracher aux technocrates, à la caste de l’establishment, que Hillary Clinton représentait si bien.

Comme on l’a vu ces derniers jours avec les échanges peu amènes entre le président élu et les responsables des services de renseignement, la tâche du nouveau président ne sera pas aisée.

Le spectacle était grandiose.

Le président n’a pas hésité à invoquer Dieu à plusieurs reprises, à le citer comme le meilleur protecteur de l’Amérique. Là encore, on a pu mesurer la distance infiniment plus grande que l’Atlantique qui nous sépare des États-Unis.

Pour croire, faites les gestes, disait Pascal. Un pays qui n’accomplit plus les rites avec la pompe souhaitable et qui bannit Dieu de ses discours officiels, un pays qui se déchire jusqu’au perron de l’Élysée lorsqu’un Président sortant est hué ou qu’un élu n’accompagne pas son prédécesseur jusqu’à sa voiture ne fait plus les gestes de la grandeur et a de plus en plus de mal à y croire.

Le patriotisme a donné du souffle au discours présidentiel et le contexte cérémoniel l’a rendu crédible et légitime. Dire que l’on va rendre à l’Amérique ses emplois, sa prospérité, ses frontières, mais aussi ses rêves constitue une synthèse difficilement imaginable dans la bouche d’un politicien français. Associer la fermeture du protectionnisme à l’ouverture sur le rêve américain, sur la conquête spatiale, sur les nouvelles technologies est un paradoxe.

Ce n’est pas une contradiction. Trump veut que l’Amérique soit un exemple plus qu’un empire, un exemple qui rayonne et suscite la fierté nationale. Il veut des alliés plutôt que des vassaux, des alliés qui partagent les efforts et de nouveaux alliés qui unissent le monde civilisé contre le terrorisme islamiste. On pense, bien sûr, au changement d’attitude par rapport à la Russie.

Beaucoup de commentaires auront, chez nous, été critiques ou hostiles. Notre microcosme va regretter Obama. Les discours sans effets de l’ex-président américain ont été applaudis par nos médias comme le sont ceux de Macron. Le microcosme, qui est plein de préjugés, a ses chouchous. Mais, « quand on a le patriotisme au cœur, il n’y a pas de place pour les préjugés », disait Trump à midi à Washington.

Christian Vanneste