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Les europhiles, tout en déplorant sur les estrades la volonté de la Grande-Bretagne de se libérer du joug européen, se frottaient les mains en privé, en expliquant que la misère qui allait s’abattre sur notre voisine d’outre-Manche aurait une vertu pédagogique dissuadant d’autres peuples de quitter l’Union européenne. Ils songeaient notamment à la France, le pays qui se félicitait le plus du départ de la Grande-Bretagne, Marine Le Pen ayant promis, si elle était élue, de proposer un referendum sur l’appartenance à l’Union européenne, espérant un « Frexit ».

Or, trois mois après le Brexit, la Grande-Bretagne se porte bien, voire mieux qu’avant, tandis que l’Union européenne se désagrège. Si nul ne panique de l’autre côté de la Manche, peut-être est-ce dû aussi au fameux « flegme britannique » …

On nous dira que nos voisins n’ont pas encore quitté l’Union européenne, Theresa May, premier ministre, n’en fera la demande effective que dans quelques mois, le temps de réorganiser ce qui doit l’être après s’être soustraite à la tutelle bruxelloise. Actuellement, le gouvernement met en place des mesures en faveur des agriculteurs pour substituer des aides nationales aux subventions européennes dont ils seront bientôt privés. Elle recrute et forme des experts de toutes natures pour régler les problèmes de la séparation.

Cela illustre aussi le fait que, pour quitter l’Union européenne (et l’euro), il faut s’y préparer. Le départ ne peut être que progressif, trop de questions restant en suspens et cela ne peut se faire du jour au lendemain : « détricoter » les fils de l’Union au sein des Etats membres est une rude tâche, tant, depuis des décennies, tout est imbriqué.

Mais on nous avait annoncé que, dès la victoire des opposants à l’UE, ce serait la débâcle, les multinationales cherchant une autre capitale de l’Union où s’installer, les banques transférant leur siège ailleurs et l’on verrait les financiers de la City fuyant une Grande-Bretagne où les affaires juteuses ne seraient plus possibles. Il n’en a rien été. On a seulement constaté, les jours d’après le referendum, une baisse de la Bourse qui, un peu plus tard a repris une évolution normale. Le cours de la livre est même en hausse actuellement, ce qui est un signe de confiance de la part des investisseurs !

En revanche, Bruxelles est désemparé : ses dirigeants n’osent plus imposer quoi que ce soit de peur de donner du « grain à moudre » aux « populistes ».

En Hongrie, le premier ministre, Viktor Orban, a annoncé un referendum pour demander à ses concitoyens s’ils étaient d’accord pour accueillir un quota de réfugiés, comme le voulait Junker. La réponse ne faisant aucun doute et pour ne pas essuyer un nouveau désaveu, le président de la Commission a annoncé au Parlement européen qu’une telle répartition ne pourrait se faire que sur la base du volontariat. Vendredi dernier, lors du sommet de Bratislava, Angela Merkel, qui était la plus demandeuse, a également renoncé à imposer aux autres pays l’accueil de « réfugiés » dont ils ne voulaient pas, bien qu’elle les y ait invités.

La Commission a renoncé à sanctionner le Portugal et l’Espagne qui ont largement violé les exigences de Maastricht. Pierre Moscovici, l’ancien ministre socialiste, désormais commissaire bruxellois, a justifié ce « laxisme » en expliquant que la Commission privilégiait désormais une gestion « politique » de ces critères, ce qui signifie, en clair, que leur application est subordonnée à la situation politique des pays membres.

Demander une application stricte implique une austérité accrue et, par conséquent des réactions hostiles des électeurs, profitant aux souverainistes, à la droite nationale et aux « populistes ». Devant le Parlement européen Junker a déclaré : « Jamais encore, je n’avais vu des gouvernements nationaux aussi affaiblis par les forces populistes et paralysés par le risque de perdre les prochaines élections. »

Bruxelles est cerné, paralysé, c’est un îlot assiégé, au point que certains envisagent la possibilité que la prochaine assemblée de Strasbourg rassemble une majorité de députés hostiles à l’Union européenne telle qu’elle est, si les souverainistes l’emportent aux prochaines européennes dans de nombreux pays. Auparavant Bruxelles gérait autoritairement la construction européenne, maintenant la Commission doit faire face à son démantèlement progressif. Ses dirigeants confessent leur impuissance face à un mouvement de fond qui agite les peuples d’Europe et qui échappe aux eurocrates, eux dont le dessein est de tout maîtriser.

Source: le bulletin d'André Noël