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Le système tire à boulets rouges contre le candidat du FPÖ, Norbert Hofer, arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Autriche. Le danger pour la démocratie ne vient pas cependant de la poussée populiste, mais du refus totalitaire des élites mondialistes d’écouter les peuples.

C’est du jamais vu en Autriche depuis 1945 : les deux grands partis de gouvernement qui monopolisent le pouvoir sont tous deux éliminés dès le premier tour de la présidentielle.

Le candidat populiste arrivé en tête du premier tour, Norbert Hofer, affrontera au deuxième Alexandre Van der Bellen, qui se présente en indépendant mais qui fut député et porte-parole des Verts et qui est soutenu par ce parti. Le résultat est d’autant plus époustouflant qu’Hofer a dépassé 36 % (le meilleur score précédent du FPÖ dans une élection générale n’atteignait pas 28 %), et que Van der Bellen atteint péniblement les 20 %, les « grands » partis tombant tous deux à… 11 % ! C’est donc un indiscutable raz de marée populiste qui a eu lieu en Autriche.

La poussée populiste ne met pas la démocratie en danger

Les réactions en France le montrent sans ambiguïté. Si Marine Le Pen a chaudement félicité le peuple autrichien pour ce résultat « magnifique », NKM a  déploré le  « mouvement inquiétant qui traverse l’Union européenne. Un mouvement eurosceptique, populiste » et Jean Christophe Cambadélis craint que « le national populisme hante l’Europe ». Les élites parisiennes enregistrent le résultat du vote, qu’il n’est plus possible de nier, mais refusent obstinément d’en tenir compte. Leurs homologues d’Autriche en font autant. Consulté par l’AFP, un politologue local, Peter Hajek, constate sans s’émouvoir que « en Autriche comme ailleurs, les électeurs rejettent les partis au pouvoir ». Il est clair en effet que la grande coalition des socialistes et des libéraux, qui s’est installée en 2008, un peu en avance sur l’Allemagne, ne fonctionne pas mieux que ne fonctionnait l’alternance auparavant. Cela donne une idée de la durée de vie de l’UMPS : l’alliance de la droite et de la gauche dans le déni des problèmes est le meilleur accélérateur de la poussée populiste. Cependant, en Autriche pas plus qu’en France, les élites mondialistes ne sont prêtes à admettre la raison du rejet dont elles sont l’objet.
 

Le peuple d’Autriche s’est exprimé lors de l’élection présidentielle

 
Bien sûr, tous les analystes à Vienne reconnaissent que le résultat de dimanche est lié à « la crise des migrants ». Mais cela ne les porte pas à considérer sérieusement la revendication populiste et prendre acte du danger d’invasion, au contraire. Le chancelier Werner Faymann, qui dirige la grande coalition et qui est théoriquement en poste jusqu’aux élections législatives de 2018, se place dans une position de pédagogue et estime juste qu’il « doit mieux travailler ».
 
La seule préoccupation du système en place, c’est là qu’il révèle sa nature totalitaire, est de conserver le pouvoir, et d’empêcher tout accès réel du peuple à la démocratie. Il n’est pas indifférent que le candidat qui porte les espoirs des « modérés » soit l’ancien vert Van der Bellen. On sait que les Verts, en Autriche comme en Allemagne et en France, sont semblables aux pastèques, ils sont rouges à l’intérieur, c’est un parti de reconversion de l’extrême gauche communiste, d’où la plupart de ses cadres viennent. Sa propagande tient d’ailleurs plus de la révolution mondialiste que du souci de l’environnement. La première déclaration de ce Van der Bellen, que nos médias présentent en « économiste » et en « universitaire » propre sur lui, est un formidable refus de démocratie : s’il est élu président de la république au soir du deuxième tour le 22 mai prochain, quand viendront en 2018 les élections législatives, dans l’éventualité où le FPÖ l’emporterait, il refuserait de nommer son chef, Heinz Christian Strache, au poste de chancelier. Voilà une promesse qui en dit long sur la nature totalitaire du système et sur la véritable fonction des Verts : ils servent de dernier rempart, les partis classiques étant dévalués, contre la volonté des peuples, caricaturée en « poussée populiste ».
 

Le FPÖ populiste vainqueur mais en danger

 
Le poste de président de la république en Autriche, que la presse a d’abord présenté comme « purement honorifique » afin de minimiser la victoire populiste, n’est pas sans ressources et il peut bien se révéler, comme Van der Bellen l’a laissé voir, stratégique. Pour le constitutionnaliste autrichien Manfried Welan, le président de la république est un « géant endormi » aux pouvoirs plus étendus que le vulgaire ne le croit. Il est en effet chef des armées, nomme le chancelier, et, le cas échéant, prononce la dissolution de l’assemblée : Norbert Hofer a prévenu qu’il exercerait cette dernière prérogative si l’actuel chancelier Werner Faymann poursuivait sa politique laxiste en matière d’immigration (l’Autriche est, en proportion de sa population, l’un des pays d’accueil les mieux classés en Europe selon les critères du pape François).
 
Mais il est peu probable qu’Hofer soit en mesure de mettre sa menace à exécution. L’Autriche a connu cette année une inflation du nombre des candidats, ils étaient six, et pour l’instant les battus n’ont pas donné de consigne de vote officielle, pour ne pas braquer l’électorat et l’orienter vers le Norbert Hofer, mais les consignes officieuses ou « à titre personnel » iront toutes clairement dans le même sens : sauver le système totalitaire du danger populiste. Et malgré le raz de marée du premier tour, le FPÖ n’est pas sûr du tout de remporter la présidentielle, le précédent des dernières régionales en France l’indique.
 

L’élite totalitaire refuse toute démocratie

 
Même si Norbert Hofer était élu le 22 mai prochain, le système garde un grand nombre d’atouts dans sa main pour, sinon empêcher la poussée populiste, du moins en limiter les effets. Le précédent de ce qui s’est passé en Autriche cette fois, du temps de Jörg Haider, lorsque le FPÖ était entré dans une coalition avec les conservateurs, est édifiant : l’Union européenne avait placé le pays en surveillance, l’excluant de certaines instances, jusqu’à ce que les choses reviennent « à la normale », c’est-à-dire jusqu’à ce que le parti populiste quitte le gouvernement.
 
Les moyens de refuser la démocratie réelle sont innombrables. Il y a l’Union européenne, mais il y a aussi l’ONU, ou les menaces économiques, par le biais du traité transatlantique, le chantage financier qui, lui, est vieux comme le monde et que la France a subi entre les deux guerres du temps de Poincaré. L’Europe se trouve aujourd’hui enserrée comme le Gulliver de Swift par des milliers de liens, à la différence que ce ne sont pas des ficelles de lilliputiens. Et, dans le cas extrême où la poussée populiste se continuerait en 2018 par une victoire écrasante, il y a toujours le recours possible au refus du résultat du scrutin, comme cela s’est produit en Algérie en 1991pour stopper le FIS. Pour sauver la démocratie du danger que font peser sur elle ses ennemis, on suspend ce qui subsiste des apparences de la démocratie. Il suffit pour cela de bien tenir en main les moyens de propagande et de désigner la volonté populaire comme ennemie de la démocratie. Si les élites mondialistes se sentent un jour vraiment menacées par le mouvement populiste qu’elles ont suscité en imposant aux peuples leur projet de gouvernance mondiale, elles pareront vraisemblablement au danger de cette manière. Elles utiliseront ainsi la volonté populaire pour donner le coup de grâce à la démocratie, ce qui est une petite gâterie dialectique. Le système qui nous opprime est totalitaire, mais il ne manque pas d’élégance, et même de coquetterie, dans ses procédés dictatoriaux.
 

Pauline Mille