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Source: le Parisien

L’Autriche va-t-elle élire un président issu de l’extrême droite ? Aussi étonnant que cela puisse paraître pour une grande démocratie européenne, cette hypothèse a pris du corps, dimanche soir, après les résultats du premier tour.

 

Rien n’est encore fait, mais le candidat du FPÖ (nationaliste) Norbert Hofer a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour avec 35 % des voix. Il devance largement l’écologiste Alexander Van der Bellen (21,3 %), qu’il retrouvera au second tour.

Hofer, 45 ans, a surtout pulvérisé les deux candidats des partis de gouvernement : le social-démocrate Rudolf Hundstorfer (SPÖ) et le conservateur Andreas Khol (ÖVP), qui ne recueillent que 11,2 % des voix chacun. C’est un peu comme si le FN et les Verts avaient éliminé d’un coup le PS et les Républicains.

Tout se jouera donc le 22 mai (il y a un mois de délai entre les deux tours en Autriche).

Certes, ce n’est pas la première fois que le voisin de l’Allemagne connaît une poussée de fièvre nationaliste. En 1999, après avoir obtenu 27 % des voix aux législatives, le FPÖ de Jörg Haider avait même gouverné dans une coalition avec les conservateurs. Mais cette fois — même si le président autrichien n’exerce qu’une fonction symbolique —, le signal a clairement été entendu dans toutes les capitales européennes.

L'Autriche a vu transiter des centaines de milliers de réfugiés vers l'Allemagne

« Il y a une fronde populiste dans l’ensemble de l’UE et plus particulièrement en Europe de l’Est. L’idée se répand que l’Union européenne n’est plus un rempart contre l’immigration, notamment celle venue des pays musulmans. Le réflexe, c’est le repli sur soi, le retour aux frontières. C’est inquiétant », constate un diplomate français.

L’immigration : un thème largement utilisé par Norbert Hofer, qui a surfé pendant toute la campagne sur la crise des migrants . Car , même si la route des Balkans est désormais fermée après l’accord entre la Turquie et l’UE, le pays a vu défiler des centaines de milliers de réfugiés (en particulier syriens) ces derniers mois. L’immense majorité n’a fait que transiter par l’Autriche pour se rendre en Allemagne. Mais près de 90 000 d’entre eux ont tout de même déposé une demande d’asile dans le pays.

Comme d’autres Etats de l’UE, l’Autriche avait finalement musclé ses contrôles aux frontières, contrairement à l’esprit des accords de Schengen. S’attirant les foudres de Bruxelles. « Les prochains scrutins en Europe devraient confirmer la poussée identitaire », pronostique-t-on à Paris. Une tendance déjà observée dans plusieurs pays comme la Hongrie, la Serbie et même l’Allemagne, où la formation nationaliste AfD (Alternativ für Deutschland) avait obtenu de très bons scores lors des élections régionales du mois de mars.