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Etait-il bien utile de débaptiser l’UMP pour le muer en LR afin d’éviter que le Front national puisse continuer à parler d’UMPS puisque, dès dimanche soir, la ligue « dissoute » UMPS s’est aussitôt reconstituée sous nos yeux ? Il n’aura pas fallu cinq minutes après l’annonce des résultats pour que les leaders de la droite et ceux de la gauche appellent d’une même voix et pour le même motif à voter Emmanuel Macron. Il s’agit, a rappelé le premier ministre en personne, de « faire barrage à Marine Le Pen » au nom de la République qu’elle menacerait ! Cela fera bientôt cinquante ans que cette antienne est entonnée à chaque élection. La République « en danger » se porte pourtant bien. Et nos politiciens semblent ne point s’être aperçus que non seulement cela n’a pas fait reculer le Front national mais que, plus on le dénonce, plus il progresse, les électeurs ne croyant plus un mot des sornettes de la classe politique.

Appeler à voter Macron, c’est se prononcer pour la continuité d’un nouveau quinquennat avec celui de Hollande sous le masque de son ancien ministre de l’Economie et son « fils spirituel. » C’est accepter que les socialistes continuent à régir le pays, car les conseillers, l’encadrement, l’infrastructure, les financiers d’En Marche resteront tous socialistes ; les idiots utiles de la droite et du centre qui l’ont rejoint ne sont là que pour amuser la galerie. Parmi les raisons qui ont conduit à l’élimination des deux partis qui ont dominé la vie politique française depuis cinquante ans, il y a, précisément, cette faculté d’oubli opportuniste qui a permis de se rallier à celui que l’on attaquait la veille en affirmant que son élection serait une catastrophe pour le pays. Comme si, maintenant, ces propos de campagne n’avaient aucune importance, aucune consistance, au point de demander à ses électeurs de voter pour celui qu’ils devaient récuser la veille. Cela signifie également que ce qui sépare le PS de LR, d’En marche et des écolos est moins important que ce qui les unit, Emmanuel Macron devenant le candidat unique de cette baroque coalition.

On doit reconnaître au moins que, du côté de chez Mélenchon, il n’y pas eu ce premier réflexe de moutons de Panurge, se rangeant sans murmure ni hésitation sous la houlette de ce mauvais berger qu’est Macron. Il semble que, sur un certain nombre de questions, notamment celle de l’Europe, les électeurs de Mélenchon devraient se rendre compte qu’ils sont plus proches de Marine Le Pen que de Macron. Nous pourrions dire la même chose à ceux de Nicolas Dupont-Aignan, lequel a obtenu un score plus qu’honorable. Mais si Macron est le candidat unique de cette nouvelle majorité qui est née sous nos yeux dimanche soir, alors Marine Le Pen est la seule candidate d’opposition et le Front national le seul parti d’opposition.

Les législatives seront bientôt là. Comment la droite et le centre pourront-ils présenter, avec quelque crédibilité, leurs candidats contre ceux d’Emmanuel Macron pour lequel ils ont appelé à voter et qui est supposé avoir sauvé la République de la « factieuse » Le Pen ? A condition, évidemment, que les Républicains soient encore en état de mener campagne. Or l’heure des règlements de comptes va sonner avec la mise en accusation de François Fillon qui a perdu une élection réputée imperdable.

La bataille pour prendre la tête du parti, ou ce qu’il en restera, va être rude entre les « quadras » et les « quinquas » en embuscade. Cela dit, Macron, qui fête déjà ce soir sa victoire à la Coupole, une grande brasserie de Montparnasse, n’a peut-être pas encore gagné la partie. L’avatar du hollandiste n’a que 23,3% contre 22,5 pour Marine Le Pen et 19,7% pour Fillon. Dans quelques semaines suivront les législatives. Il y a un moment déjà que les électeurs se soucient comme d’une guigne des consignes de vote des partis qu’ils ont rejetés. A cet égard, le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron a le mérite de la clarté : c’est celui qui oppose le mondialisme, l’européisme, le communautarisme au souverainisme, à la défense de la patrie fran- çaise, de son histoire comme de ses traditions et de son identité.

Source : Bulletin d'André Noël