Bienvenue

Source: L'Obs    

Il y avait la "liste noire" des candidats UMP à battre aux législatives de 2012 : ceux qui avaient dit qu'ils préféraient voter PS plutôt que Front national. Une "blacklist" révélée par Bruno Gollnisch, mais aussitôt niée par Marine Le Pen.

2015 devrait être l'année du "changement" : la liste change de couleur. Elle devient blanche. Au sein du parti d'extrême droite, l'idée d'alliances s'installe durablement, surtout pour les élections locales, comme les départementales de mars.

 

Le président d'honneur du parti, Jean-Marie Le Pen, se dit ainsi favorable à des accords locaux avec l'UMP.  "Absolument, au cas par cas",assure-t-il sur RTL jeudi 19 février.

Même discours (pour une fois) chez la présidente du Front national Marine Le Pen, invitée de l'Association des journalistes parlementaires à l'Assemblée nationale .

"Les grandes lignes du Front national"

Mais cette fois-ci, le Front national entend poser ses conditions. Des "obligations" même, que le FN va "déterminer" en bureau politique, précise Jean-Marie Le Pen. Combien ? "Quatre ou cinq engagements que nous proposerons à ceux qui réclament notre soutien" si le FN se trouve en position de faiseur de majorité pour la présidence des conseils généraux, précise Marine Le Pen.

Et la présidente du FN de menacer :

S'ils veulent obtenir notre soutien, ils devront s'engager à mettre en oeuvre les quatre ou cinq points qui apparaissent essentiels dans la direction politique du département. Et s'ils ne ne le font pas, ils dirigeront tout seuls."

Quels sont ces éléments "essentiels" ? "Ils sont les mêmes partout : les grandes lignes de notre politique peuvent se retrouver dans un texte résumé dans quatre ou cinq points", répond Marine Le Pen. "Immigration, sécurité, chômage, dette, les grandes lignes du Front national", affirme Jean-Marie Le Pen.

Comme pour les élections municipales de mars dernier, où le parti d'extrême droite avait raflé 11 mairies, le Front national va présenter des candidats "sérieux" et très édulcorés. C'était sans compter la septuagénaire non-voyante candidate FN malgré elle dans le Puy-de-Dôme. Et cette autre femme qui assure avoir appris par la presse sa candidature dans le canton d'Autun 2 (Saône-et-Loire).

Même chose au niveau des programmes, qui suivront à la lettre celui élaboré par les instances nationales du FN.

"Trois PS, 15 UMP, un ancien maire"

Mais mieux que des alliances au troisième tour des municipales, le Front national s'enorgueillit des ralliements qu'il a pu engranger.

Interrogée par l'AFP le 13 février dernier sur les transfuges qui ont quitté d'autres formations politiques pour rejoindre le Front national ou le Rassemblement Bleu Marine - à l'image de deux conseillers municipaux UMP de Marseille - Marine Le Pen fanfaronnait : "Clairement, après avoir rallié à lui les électeurs qui venaient d'un peu partout, comme le démontre chaque élection, nous commençons à rallier à nous des cadres qui rejoignent notre combat."

Dans la catégorie des personnalités ayant exercé des mandats ou des fonctions ailleurs, Marine Le Pen cite, dans ses listes départementales, "trois PS", dont un animateur de la campagne des primaires de Ségolène Royal en 2011, "d'anciens conseillers municipaux de l'Oise et du Pas-de-Calais".

Il y a aussi "4 MPF", le parti souverainiste de Philippe de Villiers, "15 UMP, dont un ancien maire de Saint-Gilles dans le Gard, un autre de Vence dans les Alpes-maritimes, un ancien candidat aux législatives dans le Loir-et-Cher, des maires adjoints".

"93% des cantons"

Dans "93% des cantons", le FN sera capable de présenter des candidats, selon les chiffres du parti. Le Front national escompte être présent dans un très grand nombre de seconds tours, le plus souvent en duel face à des candidats de droite ou de gauche. Des cadres du parti nourrissent l'espoir de remporter certains départements, tels que le Vaucluse, le Var, l'Aisne ou l'Oise.

En 1998, lors des élections régionales où le FN se trouvait dans une situation similaire dans un certain nombre de régions, l'état-major frontiste avait adopté une plateforme reprenant de manière édulcorée son programme. Cinq présidents de région centristes avaient ainsi été élus avec l'appui des voix FN, en Rhône-Alpes, en Bourgogne, en Picardie, en Languedoc-Roussillon et dans le Centre, provoquant l'exclusion de certains de leur formation d'alors, l'UDF.

Cette fois encore, une alliance avec le parti d'extrême droite pourrait valoir une sanction. "Tout responsable UMP qui conclura un accord avec le Front national sera immédiatement exclu", a prévenu le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy.

Paul Laubacher