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Pour se faire une petite idée de l'emprise idéolo­gique que le système éducatif officiel impose au­jourd'hui à tous les enfants, il n'est pas inutile de se reporter à une situation an­cienne comparable : celle qui a suivi la Révolu­tion de 1917, en Russie, durant plus d'une dé­cennie.

On y trouve la même volonté d'y façon­ner un homme nouveau, la même ambition d'éduquer ou de rééduquer la société tout entière, les mêmes références à l'esprit des Lumières, la même tentative globalisante et même totalitaire de réformer l'homme, à commencer par l'enfant dès son plus jeune âge, pour s'assurer de sa do­cilité la plus stricte, jusqu'à ce qu'il ait assimilé le credo et la morale qu'on lui aura inculqués.

La lecture de l'ouvrage de Wladimir Berelowitch (Editions de l’Age d’Homme), "La soviétisation de l'école russeest à cet égard très éclairante. « Dans son principe, l'école soviétique est née d'un projet irréalisé et irréalisable, bien que ja­mais abandonné : la formation d'une société parfaite. »(p. 13) « Le but de l'école est (...) de répandre le liquide idéologique qui imprégnera la société tout entière. Quant au personnel, il doit être rééduqué avant d'éduquer à son tour, car si l'éducation s'adresse à des esprits vierges, les créatures déjà perverties doivent, elles, être reconverties. »(p. 15)

Les premières réformes porteront notamment sur...

les programmes, les manuels scolaires et les devoirs à la maison. Les programmes sont abolis. « On considérait, selon le principe de la décentralisa­tion, qu'il appartenait à chaque école, à chaque région de s'adap­ter aux conditions locales et d'étudier ce qui bon lui semblait. Le manuel était considéré comme trop universel (toujours selon le principe de décentralisation) et trop dogmatique, desséchant, diffu­sant des connaissances « mortes », étrangères à la « vie » réelle. Selon les auteurs des programmes de 1920-1921, il fallait suppri­mer les manuels de grammaire, car à l'école, « il faut étudier la langue vivante et non un ma­nuel de gram­maire. »(p.23)

Les devoirs sont désormais inter­dits à la maison. Disparaissent of­ficiellement aus­si les punitions, les examens d'entrée ou de sortie, et les notes. « Le contrôle des connaissances devait être remplacé par l'autocontrôle, les travaux collectifs, les exposés des élèves, les expositions de fin d'année, des « carnets » individuels ou collectifs où les maîtres inscrivaient des appréciations. »(pp.23-24) On reconnaît là l'origine du débat sur le bien-fondé des notes, mais aussi le recours au « livret per­sonnel de compétences » qui enregistre l'acquisition par les élèves des objectifs fixés par « le socle commun », ou encore les Travaux Pédagogiques Encadrés qui seront démultipliés par les tout pro­chains Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, lesquels oc­cuperont 20 % du temps de travail des collégiens.

A cela s'ajoutaient l'interdiction de l'enseignement religieux dans l'enceinte de l'école et la suppression des langues anciennes qui, devenant des matières facultatives, disparurent progressivement.

L'école devient « unique » pour ne former qu'un vaste tronc com­mun pour tous les élèves âgés de 8 à 17 ans. La mixité est rendue obligatoire. Le projet prévoyait en outre que le travail productif fût le fondement de cette école nouvelle.

Quels furent les résultats de cette politique scolaire ?

Un vaste échec là où les mesures furent appliquées : « "On a fait beaucoup de théâtre, on a dessiné, on a chanté, on a fait du modélisme, mais on n'a pas appris à lire et àécrire", déplore un instituteur en 1924. "Nous avons tous oublié une matière : comment apprendre à écrire aux enfants", écrit un autre en 1927. »(pp.87-88)

L'étude historique de W. Berelowitch est surprenante d'actualité. Mais la surprise est relative si l'on se rappelle que les théories pé­dagogiques actuelles sont le prolongement du plan éducatif des communistes Langevin et Wallon, élaboréà la demande du Géné­ral de Gaulle, achevé en 1947, mais mis en application avec des variantes et des ajouts, sous la présidence de Giscard d'Estaing, dès 1975. L'échec de ces pratiques en URSS, portées par une idéologie totalitaire, aurait pu servir d'avertissement. Mais il n'en est rien.

Le nouveau « socle commun de connaissances, de compétences et de culture », accentuant les réformes précédentes, prépare de beaux jours à l'illettrisme et à l'endoctrinement.

Ce nouveau programme, applicable dès la rentrée 2016 du CP à la 3e, prévoit lui aussi un homme nouveau, une société égalitariste fondée sur les principes d'un socialisme mondial hostile aux identi­tés nationales, à la véritable culture, cherchant à désamorcer toute critique du système et mettant l'instruction au service d'une écono­mie ultra-libérale qui détrône le bien commun politique des socié­tés contemporaines.

A cela s'ajoute une morale d'État qui dessine les limites d'un « vivre-ensemble », lequel, malgré ses bonnes intentions apparen­tes, s'avère illusoire, puisqu'il n'est pas fondé sur une communauté d'idées. Seule la vérité unit les intelligences. Mais vouloir imposer des idées communes tout en prétendant qu'il n'y a pas de vérité (en dehors de celles imposées par l'Etat), c'est le propre du totali­tarisme.

Le formatage des comportements et le nivellement démagogique de la culture de masse aboutissent à une mainmise sur les esprits. Comme l'écrit Laurent Fidès, « l'éducation morale à l'école consiste à déterminer en chacun des conduites d'auto-suspicion et à les éviter par l'adoption de pensées et de comportements confor­mes2». C'est l'art de manipuler les esprits qui supplante l'art d'ins­truire et celui d'éduquer.

Le travail des écoles libres et leur péren­nité sont d'autant plus indispensa­bles pour que subsistent les savoirs et la culture qui préservent la véritable li­berté de pen­sée, l'identité issue de l'assimilation de l'héritage de la civilisation chrétienne, et donnent aux enfants une authentique égalité des chances de s'in­sérer dans la société par leur richesse intellectuelle, morale et spi­rituelle. Les écoles hors contrat sont bel et bien d'intérêt public. El­les seules apportent des solutions réalistes dont les résultats pro­bants ne suffisent malheureusement pas à nos dirigeants pour qu'ils désirent renouer avec le succès scolaire. Cet entêtement à maintenir des méthodes pédagogiques qui sont sources d'échec a de quoi surprendre. A moins que nos responsables politiques ne privilégient d'autres objectifs que le bien des enfants...

Philippe B.