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Que veulent les parents ? Ils veulent que leurs enfants soient autonomes, instruits et aptes à envisager leur futur de médecin, pompier, fleuriste, boucher, astronome ou institutrice, sans crainte.

Alors qu’en 2011 on comptait près de 500 écoles indépendantes actives et 20 ouvertures, les nouvelles écoles en 2014 étaient au nombre de 51 pour 67 en 2015 ! Quelle mouche a donc piqué ces parents qui se passent du service public ?

En septembre 2003, sans aucune qualification universitaire, dépourvue de tout titre de l’Éducation nationale et vierge de toute formation à l’IUFM, des parents m’ont confié l’instruction de la classe qu’ils ouvraient pour leurs enfants. Des petits de maternelle et des CP devaient apprendre lecture, calcul et écriture, base des autres enseignements ; des plus grands en cours élémentaires et moyens recevaient les cours qui allaient les conduire au collège. Pour certains, un sérieux rattrapage des bases ne fut pas superflu. À la question« Quel est le chiffre qui vient après 47 ? », comme ça, sans réfléchir… ils restent pour la plupart sans voix. Un peu plus compliqué ? En comptant de 2 en 2, quel chiffre précède 33 ? Même silence… D’autres démonstrations pourraient étayer mon propos, la difficulté des moins de 40 ans à compter leur monnaie suffira.

Avec des méthodes structurées, mes élèves ont pu accéder à l’analyse, au plaisir de la littérature quand on peut y décoder la belle langue, à la rédaction sans peine, quand elle a été précédée d’un temps d’observation, d’enrichissement du vocabulaire, quand les temps conjugués s’ordonnent entre eux et servent notre pensée au lieu de l’encombrer.

Que veulent les parents ? Ils veulent que leurs enfants soient autonomes, instruits et aptes à envisager leur futur de médecin, pompier, fleuriste, boucher, astronome ou institutrice, sans crainte. Comment le ferait un élève entrant en 6e sans la base de l’expression ? Que deviennent ces petits à qui on n’a jamais appris à former les lettres ? Trop d’enfants reçoivent l’étiquette « dyslexique » sans qu’on n’ait pris le temps de leur apprendre à suivre la ligne du cahier. Toute sa vie, celui qui n’a pas appris à lire en commençant par déchiffrer le code syllabique souffrira de difficultés de lecture.

Sans l’aide des sciences de l’éducation, sans conflit socio-constructiviste, sans mise en projet ou autre supercherie pédagogiste, j’ai enseigné comme un artisan. Je me suis conformée aux méthodes éprouvées, j’ai employé la répétition, l’imitation des maîtres du passé. Bled, Courtet, Grévisse sont devenus mes meilleurs amis. Ce qui est fabuleux et si simple avec l’enseignement, c’est que quand il se fait méthodiquement, l’enfant est pris dans la joie de la réussite. À ceux qui pensent que les élèves sont rebutés par l’aridité de la grammaire, j’oppose la fierté de celui qui croyait ne rien savoir et se découvre un « 20/20 ». Aux autres, persuadés que, pour intéresser l’élève, il faut du jeu, du ludique, j’oppose le plaisir de l’enfant qui souligne proprement, pose ses opérations de sorte que l’erreur est impossible, l’application de l’enfant de 5 ans qui manie sa plume.

On améliore ses résultats à la course en courant, on apprend un instrument avec des gammes, on n’entre pas dans un livre sans avoir assemblé des syllabes, on ne deviendra pas ingénieur si on n’a pas appris ses multiplications.

Ce que veulent les parents ? Le bien de leurs enfants.

Clotilde Libert, sur Boulevard Voltaire